Un hôpital au rayonnement oublié, le Saint-Esprit de Besançon : Fondation, organisation, évolution, assistance (XIIIe-XVe s.)

Pancarte de quête sur parchemin représentant la Trinité et servant de passeport aux quêteurs du Saint-Esprit, Armes de Léon X (1513 à 1521) et croix du Saint-Esprit.
Département du Doubs, AD 25, HDPE1 63, cliché L. Besançon
Partout aux XIIe et XIIIe siècles, l’Occident fut le témoin d’un véritable élan de charité, marqué par la fondation de nombreux hôpitaux et ordres hospitaliers (dont celui du Saint-Esprit vers 1180) destinés à l’accueil de toutes les personnes appelées « pauvres du Christ » et touchées par la souffrance, l’indigence, la maladie, la vieillesse …. Les laïcs, sensibilisés au sort des miséreux et soucieux d’accomplir un acte de miséricorde rédempteur, furent nombreux à doter où fonder des établissements afin de les secourir. Ainsi, Jean de Cicon, seigneur de Montferrand créa à Besançon au tout début du XIIIe siècle une maison du Saint-Esprit, laquelle fut, grâce à l’organisation d’un réseau d’établissements dépendants, à l’origine « d’une considérable expansion de l’Ordre » dans le comté de Bourgogne et dans les régions avoisinantes. Témoignent de son influence, les hôpitaux qui lui étaient rattachés : Neufchâteau (avant 1237), Gray (1238), Toul (1238), Poligny, Chaussin (1239), Dole, Rochefort, Arlay, Orgelet, Saint-Julien, Arinthod, Monnet, Vaucouleurs (1270), Neuchâtel (1312)…
Ce dynamisme fut grandement remis en cause par les crises politiques, économiques et épidémiques du XIVe et de la 1ère moitié du XVe siècle, lesquelles appauvrirent les établissements et jetèrent sur les routes des masses de pauvres de plus en plus ressentis comme des dangers. Malgré le redressement spectaculaire du Saint-Esprit de Besançon par le recteur Lambelet Vernier au XVe siècle, l’accueil se restreignit et se spécialisa dans la réception des enfants et des femmes enceintes. Les vagabonds furent progressivement écartés de l’aumône.
Les constructions existantes conservées grâce à l’occupation des lieux par l’Église Réformée font partie des plus beaux bâtiments médiévaux de Besançon et apportent un éclairage sur sa grandeur passée (chapelle, galerie d’exception, tour). La tour ostentatoire édifiée sous le rectorat de Lambelet Vernier fait aujourd’hui l’objet d’une restauration soutenue par l’Association des Amis de la Tour, de nombreux donateurs, mécènes et partenaires, dont la mission Stéphane Bern pour le Patrimoine.
Nicole Brocard
